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Histoire


On ne connaît que peu de choses sur l'histoire ancienne de ce pays d'Afrique centrale. La plupart des communautés vivant aujourd’hui sur le territoire centrafricain s’y sont établis à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle. À cette époque, les populations de langue soudanaise avaient quitté la savane pour se réfugier dans la forêt, afin de fuir les guerriers peuls et les marchands d’esclaves. Le pays fut ravagé par la traite des Noirs au XIXe siècle, notamment dans le pays banda soumis aux expéditions des Arabes du Bahr el Ghazal.

L’histoire du territoire centrafricain, de son peuplement et du fondement de son  unité culturelle remonte à l’essence même de l’histoire du continent africain. Le mythe voudrait que la R.C.A soit « le  berceau des bantous ».Deux époques prédominent l’histoire de la  république centrafricaine : La colonisation et L’ère de la république centrafricaine

Etudions ces deux époques en détails afin de mieux connaitre et ainsi comprendre les différents aspects de l’histoire centrafricaine.

Vers 1885, des explorateurs belges découvrirent le cours inférieur de l’Oubangui. Les territoires situés de part et d’autre du fleuve furent partagés ensuite entre la Belgique et la France. En 1889 fut fondé, sur la rive droite de l’Oubangui, un premier poste français appelé Bangui. Le pays s'appelait alors l’Oubangui-Chari.

Le territoire fut alors livré à l’exploitation des sociétés capitalistes qui soumirent les populations aux travaux forcés. En 1903, l’Oubangui-Chari devint une colonie française, laquelle fut intégrée, en 1910, à l’Afrique équatoriale française (AEF), dont le gouverneur général siégeait à Brazzaville (Congo). De tous les territoires de l’Empire colonial français, l’Oubangui-Chari connut probablement l'une des colonisations les plus brutales. En 1914, le territoire fut réuni au Territoire militaire du Tchad sous le nom d'Oubangui-Chari-Tchad.
 
    En 1922, le Tchad acquit son autonomie et, en 1936, l'Oubangui-Chari fut rattaché à l'Afrique équatoriale française.
    De 1928 à 1931, les Gbayas se révoltèrent contre le recrutement forcé lors de la construction du chemin de fer Congo-Océan et refusèrent de payer des impôts. La guerre dite du Kongo-Wara (guerre des «manches de houes») en pays gbaya se poursuivit jusqu’en 1931.
    La colonisation française fut vécue comme un véritable traumatisme par les habitants de cette région qui, outre le travail forcé et le portage, eurent à subir de nombreux déplacements de populations. La «mission civilisatrice» de la France consista longtemps à l’implantation de petits postes administratifs et au tracé de quelques routes, surtout à partir de 1920.
    Faisant le bilan de ces années, l’historien P. Kalck considérait en 1976 l’Oubangui-Chari comme «la plus délaissée des colonies» françaises. D’ailleurs, le nombre des Européens au début de la colonisation confirme bien que le pays était sous-administré: l’Oubangui ne comptait en 1906 que 148 Européens (et assimilés), puis seulement 348 en 1911, pour passer à 261 en 1921 et finalement 327 en 1926.

    Les contours actuels du territoire centrafricain ne furent fixés que progressivement - en 1923 - en raison de l’âpre lutte que se livraient les puissances coloniales dans cette zone. Entre 1890 et 1940, on estime que la moitié de la population périt, victime des travaux forcés, de la malnutrition et des maladies apportées par les Blancs. La colonisation française introduisit le christianisme par l'entremise de Mgr Augouard, ainsi que le développement des premières écoles primaires. La France, comme c'était la coutume pour l'époque, pratiqua une politique d'assimilation, notamment par l'imposition des lois, des coutumes et de la langue française.
    Dans sa circulaire du 22 juin 1897, le gouverneur général de l’Afrique occidentale française, M. Chaudié, écrivait: Ces principes furent réaffirmés par son successeur, W. Ponty, dans une circulaire datée du 30 août 1910:

L’école est en effet le moyen le plus sûr qu’une nation civilisatrice ait d’acquérir à ses idées les populations encore primitives et de les élever graduellement jusqu’à elle. L’école est, en un mot, l’élément de progrès par excellence. C’est aussi l’élément de propagande de la cause et de la langue française le plus certain dont le gouvernement puisse disposer

    Ces principes furent réaffirmés par son successeur, W. Ponty, dans une circulaire datée du 30 août 1910:

L’école est le meilleur instrument du progrès; c’est elle qui sert le mieux les intérêts de la cause française [...]. Nul n’ignore que l’étude du français est le remède le plus efficace qui puisse être opposé au fanatisme.

    Cette idéologie supposait que l'enseignement devait être dispensé uniquement en français, comme l’arrêté du 12 novembre 1912 concernant l’Afrique occidentale française le rappelle:


Le but de l’enseignement élémentaire est la diffusion parmi les indigènes du français parlé [...].  La langue française est seule en usage dans les écoles. Il est interdit aux maîtres de se servir avec leurs élèves des idiomes du pays.
  • La même prescription frappant les parlers locaux fut constamment rappelée, et ce, tant pour les écoles normales que pour les écoles professionnelles. En 1924, le gouverneur général de l’AOF, dans un arrêté, réaffirme la politique linguistique en ces mots :
La langue française est la seule qui doive nous occuper et que nous ayons à propager. Cette diffusion du français est une nécessité. Nos lois et règlements sont diffusés en français. C’est en français que les jugements des tribunaux sont rendus. L’indigène n’est admis à présenter ses requêtes qu’en français. Notre politique d’association l’appelle de plus en plus à siéger dans nos conseils et assemblées à la condition qu’il sache parler français. Il faut donc qu’administrations et administrés se comprennent […]. Il est de toute nécessité que le français, sans prétendre supplanter les idiomes, véhicule les idées communes qui fusionnent les races. (Arrêté de l’AOF, 1.4.1924.)
  • À cet arrêté est jointe une circulaire, qui déclarait:
Le français doit être imposé au plus grand nombre d’indigènes et servir de langue véhiculaire dans toute l’étendue de l’Ouest africain français . Son étude est rendue obligatoire pour les futurs chefs […]. Mais notre contact ne s’arrête pas au chef. Il pénètre plus loin dans la masse  […]. Il faut donc répandre en surface le français parlé. Il faut pouvoir rencontrer dans les villages les plus éloignés, avec le chef, au moins quelques indigènes comprenant notre langue et pouvant s’exprimer en français sans prétention académique. Avec les tirailleurs libérés et rendus au village, ce but peut être atteint aisément et rapidement. Multipliez donc les écoles préparatoires, appelez-y le plus d’enfants possible et apprenez-leur à parler français. (Circulaire du gouverneur général de l'AOF, 1.4.1924).

Cependant, cette politique d'assimilation par l'école n'a pas véritablement fonctionné en raison, d'une part, d'une réelle volonté politique et, d'autre part, de moyens inadéquats dans l’enseignement public. Jusqu’en 1936, l'enseignement français n'a concerné qu'un nombre très limités d'élèves éduqués en français. De leur côté, les missionnaires ont choisi de christianiser la population en sango dont ils ont donné la première forme écrite.

    C’est seulement à partir de la Conférence de Brazzaville de 1944 que, grâce à l’aide du Fonds d’investissement et de développement économique et social créé en 1947, le nombre d’enfants scolarisés connaîtra un essor important. Bien que le système scolaire demeurât très élitiste, les taux d’accroissement moyens annuels des effectifs scolaires seront pour la période 1950-1956 de 10,3 % pour l’enseignement primaire et de 18,9 % pour l’enseignement secondaire; ces mêmes taux passeront pour la période 1956-1962 respectivement à 15,3 % et 27 %.

    Le bouleversement causé par la colonisation a mis en contact des peuples d'ethnies différentes, nécessitant une langue commune pour la communication quotidienne; le français a joué un rôle, mais encore plus le sango, car cette langue de contact a touché toutes les ethnies, contrairement au français qui est demeuré élitiste.

    La grande figure emblématique de la colonie française centrafricaine fut Barthélemy Boganda (1910-1959). Celui-ci fut ordonné prêtre en 1938, puis élu député à l’Assemblée nationale française en 1946, année où l’Oubangui-Chari devint officiellement un «territoire d’outre-mer». En 1949, il fonda le Mouvement pour l’évolution sociale de l’Afrique noire (MESAN) et organisa la lutte pour l'émancipation de son peuple. Lorsque, en 1958, le pays devint officiellement la République centrafricaine au sein de la Communauté française, Boganda devint premier ministre et tenta de constituer, avec le Congo et le Tchad, une union des États de l'Afrique latine, ouverte à l’adhésion aux territoires portugais. Il trouva la mort dans un accident d'avion dont les origines demeurent obscures, le 29 mars 1959 2. L’indépendance  
  

    Un instituteur, David Dacko (1928- ), devint président de la République centrafricaine, qui proclama son indépendance de la France, le 13 août 1960. Dacko procéda à une réforme constitutionnelle en 1964 et s'attribua tous les pouvoirs. La Constitution donnait aussi au sango le statut de «langue nationale», tandis que le français recevait celui de «langue officielle». Chef de l'État et du parti unique, Dacko concentra entre ses mains le pouvoir de nommer tous les hauts responsables de l'État. Rapidement impopulaire, il fut renversé par l'un de ses cousins, le colonel Jean-Bedel Bokassa en 1965.

    Celui-ci abrogea la Constitution et se déclara «président-maréchal à vie». Le 4 décembre 1976, le congrès extraordinaire du «MESAN rénové» proclama l’Empire centrafricain. Le maréchal Bokassa devient l’empereur Bokassa Ier et, le 4 décembre 1977, il organisa son «sacre napoléonien», avec l'aide de la France. La liberté d’expression fut supprimée et les opposants furent jugés par des tribunaux militaires et, pour la plupart, condamnés à mort. Bokassa tomba en disgrâce après la répression sanglante d'émeutes, en janvier 1979, et la mort de 26 écoliers à la prison de Ngaragba, en avril 1979. L'intervention d'un contingent français, le 20 septembre 1979, l'«opération Barracuda», mit fin au régime de Bokassa, alors que celui-ci était en visite en Libye.

    La chute du dictateur Bokassa et la tenue d'élections en mars 1981 ramenèrent David Dacko au pouvoir, qui rétablit les libertés démocratiques et le multipartisme en février 1981. Le résultat controversé de cette consultation électorale l'amena à quitter la scène politique en septembre de la même année. Le général André Kolingba remplaça David Dacko; il interdit les partis politiques en mars 1982, à l’exception du Rassemblement démocratique centrafricain (RDC, nouveau nom du MESAN). En octobre 1986, Bokassa fut jugé et reconnu coupable d’avoir ordonné le meurtre de ses adversaires politiques. Sa condamnation à mort fut commuée en réclusion perpétuelle. Exilé ensuite en France et en Côte d'Ivoire, ce dernier revint à Bangui où il mourut en 1996, alors qu'il se croyait le «13e apôtre du Christ».

3. L'après-Bokassa

    En 1993, Ange-Félix Patassé fut élu à la présidence à l'issue d'un scrutin démocratique. La crise économique et sociale se prolongeant, et les salaires de la fonction publique n’étant pas payés, des mutineries éclatèrent en avril et mai 1996 au sein de l’armée. Les mutins exigèrent leur rémunération, mais également le limogeage du colonel François Ndjeder, commandant de la garde présidentielle. En fait, le problème du paiement des soldes ne constituait qu'un prétexte, car il s'agissait surtout de la garde présidentielle toujours contrôlée par un seul groupe ethnique, que ce soit les Mbanda pour Bokassa, les Yakoma pour Kolingba ou les Sara pour Patassé. Le pouvoir reposait sur cette garde que chacun des chefs de l’État s'est employé, dès son accession au pouvoir, à changer au profit de l'ethnie à laquelle il appartenait.

    Parce qu'elle craignait un coup d’État, la France, dont l'une de ses principales bases en Afrique était située sur le territoire centrafricain, intervint militairement pour soutenir le président Patassé. Après avoir conclu un accord avec les mutins, celui-ci annonça la formation d’un gouvernement d’union nationale. La tentative d’éloigner de Bangui les militaires putschistes entraîna un nouveau soulèvement qui favorisa une autre intervention française. En janvier 1997, à la suite des accords de Bangui, un nouveau gouvernement fut formé, alors que la MISAB (Mission interafricaine de surveillance des accords de Bangui) fut mise en place, avant d'être remplacée la Minurca  (Mission des Nations unies en République centrafricaine) en avril 1998. La France dut évacuer ses bases militaires de Bouar et de Bangui.

    Le 19 septembre 1999, Ange-Félix Patassé fut réélu au premier tour à la présidence de la République centrafricaine. Lors d'un autre coup d'État qui eut lieu en mai 2001 contre le contesté Patassé, les troupes libyennes assurèrent la sécurité du président. PUIS, Le 15 mars 2003, alors que Patassé ÉTAIT en voyage au Niger, François Bozizé, un ancien général de brigade sous Bokassa et l'un des anciens hommes fort de Patassé, rentra au pays et s'empara facilement de Bangui. Le président Patassé dut partir en exil au Cameroun, puis au Togo. François Bozizé devint président autoproclamé, mais promit la normalisation politique et le retour à la démocratie, ce qui fut fait en 2005. C'est en République centrafricaine qu'est venu se réfugier en mars 2004 l'ex-président d'Haïti, Jean-Bertrand Aristide, accueilli par le Bozizé. La République centrafricaine sort ruinée par des décennies de mauvaises gestions.

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